KOIZUMI AU COEUR DE LION

KOIZUMI Junichiro, élu premier ministre fin avril, sera-t-il le «Gorbatchev» que les Japonais attendent depuis des années? Fidèle à sa promesse, il a en tout cas constitué un gouvernement de changement, avec des indépendants, des réformateurs, des fortes têtes (telles que TANAKA Makiko, la fille d’un ancien premier ministre), mais aussi des novices (un ministre des Finances de 79 ans, inexperimenté dans ce domaine). Il a également prononcé le discours réformateur espéré, mais est resté très flou quant au calendrier sur les changements à venir. Il semblerait en effet qu’il ne soit guère pressé d’imposer des mesures nécessairement impopulaires. Pour l’instant les Japonais ne semblent pas lui en vouloir, s’il on en croit sa côte de popularité (plus de 80% de personnes satisfaites) et les ventes du poster à son effigie (235 000 en 5 jours)… et personne ne se risque à le critiquer, ni au sein de son parti, ni dans l’opposition. «KOIZUMI au cœur de lion», comme il se décrit lui-même dans son magazine e-mail, sortira-t-il le Japon de la récession, c’est loin d’être garanti, mais au moins aura-t-il sorti les Japonais de leur torpeur, et remonté la côte de popularité de son parti avant les élections sénatoriales de juillet prochain.

Brice Pedroletti, “Perestroïka à la japonaise”, L’Express, 03/05/01.
Richard Werly, “Le premier ministre japonais déçoit déjà”, Libération, 08/05/01.
Jean Leclerc du Sablon, “Koizumi au sommet de sa popularité”, Le Figaro, 28/05/01.
Philippe Pons, “Le Japon sous le choc Junichiro Koizumi”, Le Monde, 29/05/01.
Richard Werly, “Japon : la politique par l’e-mail”, Libération, 19/05/01.


UNE VICTOIRE AMERE

Le tribunal de Kumamoto a jugé le 11 mai dernier que la loi de 1953 prévoyant l’internement obligatoire des malades de la lèpre violait les droits de l’homme reconnus par la constitution, et a condamné l’Etat à indemniser les victimes de cet internement. Cette loi autorisait aussi l’avortement forcé des femmes et la stérilisation des hommes, et couvrait des conditions de vie inhumaines ainsi que l’absence de soins. Elle n’a été abrogée qu’en 1996, alors que des médicaments existaient dès les années 40 qui permettaient une «réintégration» des lépreux dans la société, et que l’on a découvert en 1960 que la lèpre n’était pas une maladie contagieuse. Plusieurs milliers de malades sont ainsi décédés dans l’oubli, tandis que ceux qui ont été «libérés» il y a 5 ans, pour la plupart âgés, sont restés dans les léproseries, faute d’être attendus par quelqu’un à l’extérieur. Le fait que traditionnellement la lèpre ait été considérée comme une punition pour une faute commise dans une vie antérieure a sans doute contribué à cette mise à l’écart, d’autant que la discrimination touchait aussi les familles. Les 128 plaignants ont donc obtenu gain de cause, et, fait rarisime, les excuses du premier ministre KOIZUMI Junichiro, qui a de facto admis la responsabilité du gouvernement japonais dans cette politique de discrimination, contre la majorité de son propre camp. A l’annonce du jugement, les plaignants ont ainsi exprimé leur sentiment d’être «enfin redevenus des êtres humains», mais ils ne sont sans doute pas prêts d’oublier l’ostracisme qu’ils ont eu à subir toutes ces années.

Philippe Pons, “Les lépreux japonais obtiennent réparation”, Le Monde, 16/05/01.
Michaël Prazan, “ Gain de cause pour les lépreux oubliés ”, Le Figaro, 28/05/01.

UN DÉSÉQUILIBRE SèME L’EFFROI DANS UNE éCOLE

Un déséquilibré armé d’un couteau de cuisine a poignardé enfants et professeurs d’une école élémentaire de la banlieue d’Osaka pendant 10 minutes vendredi 8 juin, avant d’être maîtrisé puis interpellé par la police. Le drame a couté la vie à 8 écoliers, tandis qu’une quinzaine d’autres ont été blessés. Il a également «semé l’effroi dans le pays réputé le plus sûr du monde», comme l’écrit Richard Werly pour Libération. Des parents paniqués se sont ainsi précipités dans les écoles des grandes villes pour chercher leurs enfants en urgence. Les autorités japonaises ont à présent deux questions cruciales à tenter de résoudre. Tout d’abord, la recrudescence de la violence au sein de l’école. Certes, le Japon reste un pays relativement sûr, sans doute grâce à la quasi absence d’armes à feu et à l’omniprésence de la police. Mais les écoles et jardins d’enfants japonais ont connu 1355 actes de violence l’an dernier. Se pose aussi le problème du suivi des personnes mentalement instables. L’homme, bourré de tranquillisants au moment des faits, était en effet connu des services psychiatriques et de la police.

Richard Werly, “Japon : massacre à l’école”, Libération, 09-10/06/01.
Clotilde Leroy