HOKUSAI

KATSUSHIKA Hokusai (1760-1849) est un peintre qui est surtout célèbre pour ses estampes de paysage. Sa série des « Trentes-six vues du Mont Fuji » (Fugaku-sanjûrokkei), son incontestable chef-d’œuvre (1831), lui vaut toujours une célébrité mondiale. Parvenant à l’époque à intégrer les techniques japonaises, chinoises et occidentales, il fit date dans l’histoire de l’estampe en faisant de la technique du paysage un thème majeur.
Il n’est cependant pas question de paysages dans ce recueil, mais de pastiches de poèmes classiques très connus, renvoyant à l’une des anthologies les plus célèbres, le Hyakunin isshû (Cent poèmes par cent poètes), et surtout de leurs versions illustrées. L’ouvrage présenté ici, qui fut publié en 1802, s’inscrit dans le courant kyôka («poésie folle/satirique»), qui eut un grand succès populaire au Japon durant l’époque d’Edo (1603-1868). Les kyôka sont nés dans le cadre de réunions de citadins et de commerçants dans lesquelles s’affrontaient des amateurs exubérants de culture traditionnelle, souvent très cultivés et rieurs, dans la création spontanée d’imitations grotesques de poèmes classiques, impliquant l’utilisation de jeux de mots de référence érudite, de dialectalisme et d’autres procédés encore. Élégamment calligraphiés, ces poèmes sont donc accompagnés de dessins cocasses représentant leurs auteurs dans les habits leur correspondant. Ces dessins tout en finesse sont riches en subtilités et en allusions, et ils projettent l’imagination des lecteurs hors des conventions et de la bienséance. Chaque dessin est donc volontairement crypté et renferme ainsi plusieurs interprétations possibles.
Ce livre saura ravir tous ceux qui s’intéressent à l’œuvre de KATSUSHIKA Hokusai, notamment grâce à la qualité des reproductions. À noter également le grand nombre de notes, minutieusement rédigées par la traductrice à la fin de l’ouvrage, qui mettent en lumière la polysémie des poèmes.

Clément Bonnier




Le Char des poèmes
Kyôka de la rivière Isuzu
De cinquante poètes élégants,
un poème
(Traduit du japonais et
annoté par M. Debergh)
In Media Res, Paris, 2000, 48 p.
+ 55 photogravures, 139 frs.