Journal du Dehors – Made in Japan (5)

Ça commence bien !
L’autre soir, je suis allée boire avec mes futurs collègues. J’étais un peu inquiète parce que nous devions nous rencontrer pour la première fois. Nous étions treize et ils étaient tous sympathiques. On s’amusait bien et on a beaucoup bu. Peu après être sortis du bar, vers onze heures, nous nous sommes aperçus qu’il manquait une fille. Quand nous sommes revenus sur nos pas, le bar était en train de fermer. En fait elle était allée aux toilettes où elle s’était effondrée, incapable de bouger. Un collègue l’a portée sur son dos jusqu’à la gare, mais comme elle n’était pas en état de prendre le train, on a appelé sa mère qui est venue la chercher. Il devait être minuit et demi quand elle est arrivée, aussi n’était-il plus question de rentrer. On a terminé la soirée au karaoké , en attendant le premier train…
Shikakura Junko (2 /62000)

Derrière la façade
Je travaille comme serveuse dans un restaurant à Akasaka. Cet endroit est tellement onéreux que la clientèle se compose essentiellement d’hommes aisés entre deux âges. Ils sont généralement corrects, mais certains ne peuvent s’empêcher de nous demander notre âge, notre nom ou si on a un petit ami. Je les ai souvent trouvé assommants, me demandant ce que cette incursion dans notre vie privée pouvait bien leur apporter. Exaspérée, j’ai fini par en parler à un de mes amis qui m’a répondu que c’était sans doute une façon de compenser la triste réalité, car non seulement leur famille ne faisait pas grand cas d’eux, mais elle avait tendance à les écarter à cause de leur odeur, de leur calvitie ou du peu d’intérêt de leur conversation. Il avait sans doute raison, aussi ai-je décidé de m’armer d’un peu plus de patience. Shimizu Yukiko

“Ura to omote”
Il y a trois jours, une quinzaine de bonzes sont venus dans le restaurant où je travaille. Ils étaient tous en veston comme les autres salariés. Au premier abord, ils avaient l’air discrets et polis, mais l’alcool agissant, ils ont commencé à chahuter. Certains se sont mis à chanter, tandis que d’autres enlevaient leur pantalon ! C’était terrible ! Moi qui croyais que les bonzes menaient une vie frugale, exempte de tout reproche, je suis tombée de haut… Ils mangeaient de la viande très très chère et ils ont dépensé deux cent quatre-vingt mille yens à eux tous ! L’image que j’avais des bonzes en a pris un sérieux coup…. Shimizu Yukiko

Papa et/ou maman

Sagement assise dans un coin, j’assiste au meeting d’une association de pères de famille qui réclame le droit d’avoir le temps de s’occuper de leurs enfants. J’écoute leurs commentaires qui m’ennuient un peu. Bien que j’adhère à cent pour cent à leur cause que j’estime plus que louable, je les trouve un peu trop parfaits voire irréprochables ce samedi après-midi, escortés d’une marmaille très épanouie et très fille à papa. Brusquement, une femme en mini jupe hyper courte s’agenouille très dans les formes pour demander le droit de se joindre à nous. Elle semble très grande et très carrée, malgré une poitrine généreuse moulée dans un pull de laine. Pas de doute, c’est un homme. Soigneusement maquillé, «il» manie un langage trop poli mais sans aucune mièvrerie. On remarque même une certaine aisance dans l’élocution. Qu’est-il/elle donc venu/e faire parmi tous ces «super papas» ? Le responsable du groupe l’accueille aimablement et suggère de faire un tour de table pour que les nouveaux déclinent leur identité. Je commence. Rien de spécial à signaler, je vais vite. Quand mon superbe vis-à-vis se présente, on apprend qu’il est enseignant de jour et qu’il change d’identité à la tombée de la nuit. Marié et père de famille, sa femme a paraît-il du mal à accepter ses excentricités, aussi l’a-t-elle encouragé à louer un studio pour opérer son changement d’identité. On est tous sidérés mais quelque part aussi sous son charme. On apprend qu’il donne ses cours en homme et que personne ne semble soupçonner sa double vie au lycée. Il se dit intéressé par le rôle du père dans l’éducation des enfants. On se demande tous ce qu’il peut bien être pour son fils. Un père? Une mère? Les deux peut-être…
Muriel Jolivet (12.1999)

Dans ce journal collectif, Muriel Jolivet a mis à contribution ses étudiant(e)s de 4ème année en leur demandant de lui ramener des faits divers observés au quotidien à Tokyo, glanés dans les métros, les gares et les magasins. “Tout ce qui est noté a été vu, même si l’interprétation qui en est faite est forcément teintée de subjectivité… ces instantanés font partie de l’histoire d’une ville, d’une personne, d’une époque, d’un moment…”

 

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