L’élégance du coeur

La trace consciensieuse laissée sur le papier par l’aiguille de l’oscillographe; cette longue suite de spasmes qui renseigne sur l’état cardiaque du malade, pour Pierre-Gilles, c’est déjà de la calligraphie.
Une observation attentive de cet électro-cardiogramme calligraphié permettra toutefois de découvrir le message qui se veut rassurant du malade à son entourage:
“shimpai shinaide”,
(Ne vous inquiétez pas).
Voilà ce que l’auteur, installé à Tokyo depuis près de 20 ans, appelle
“L’élégance du cur”.
Chanteur, photographe, Pierre-Gilles s’est découvert il y a quelques années des affinités avec l’art du pinceau. Avec la désinvolture qui sied aux néophytes doués de talent et d’imagination, il a retranscrit dans son univers calligraphique les expressions du japonais de tous les jours.
Véritables compositions picturales retraçant l’esprit des expressions sur lesquelles il a jeté son dévolu, ses calligraphies sont à la fois des jeux de l’esprit et des rébus où percent la sensibilité et l’humour de leur auteur.
Les deux “i” de “irasshai” (bienvenue), qui s’inclinent respectueusement pour se saluer, une mouette dissimulant “Gambatte” (courage) alors qu’elle s’apprête à faire un long voyage, le caractère “ai” (amour) personnifiant les jeux de séduction, “itsumo” (toujours) en forme de cur (amour – toujours), quiconque possède quelques notions des idéogrammes ne pourra qu’admirer l’ingéniosité et l’à propos des inventions de Pierre-Gilles.
Pas dupe, il n’hésite pas d’ailleurs à parodier les meilleurs calligraphes dans une uvre qui inspire le respect tant elle semble couler naturellement du pinceau, mais rajoute Pierre-Gilles dans sa légende “Ne cherchez pas à déchiffrer ce message, c’est beau mais il n’y a rien à comprendre”. Clin d’oeil espiègle qui n’a pas dû plaire aux grincheux…
Fin observateur des mentalités japonaises,
il utilise son pinceau pour dénoncer quelques mythes, transformant d’un coup de pinceau le sempiternel “isogashii” (Je suis si occupé) en un narquois “O-usogashii” (vous êtes un tel menteur). Accompagné de commentaires en français et en japonais, cet ouvrage ne manquera pas de faire sourire tous ceux qui se sont un jour escrimé à retenir l’ordre d’écriture des traits des quelques 2000 idéogrammes courants que compte la langue japonaise.
Etienne Barral
* “Merci beaucoup”,
par Pierre-Gilles,
Editions KK BestSellers.
1500 Yens.