NTT et le Japon entrent dans le XXIe siecle

Et si NTT, Nippon Telegraph & Telephone, le plus important opérateur de télécommunications du pays allait sauver le Japon. Cette affirmation de l’hebdomadaire Nikkei Business (28/06/1999) est intervenue au moment où le géant des télécoms subissait un lifting complet et où le ministère du Commerce américain publiait son deuxième rapport sur l’état du commerce électronique, secteur sur lequel NTT semble aujourd’hui vouloir faire porter tous ses efforts.
Le 1er juillet, NTT, qui emploie 220 000 personnes et a réalisé un chiffre d’affaires de 3 240 milliards de FF en 1998, a disparu avant de renaître aussitôt sous une forme nouvelle à savoir deux compagnies de téléphone locales (NTT Ouest et NTT Est), une compagnie de téléphone à longue distance (NTT Communications) ainsi que 150 petites entreprises, faisant de NTT une holding, la première à se constituer depuis la fin de la guerre au Japon. Cette réorganisation de l’entreprise publique – l’Etat en détient 65,6 % – est la conséquence de la volonté d’ouverture du marché manifestée par les autorités le 29 mars 1996. Il aura fallu tout de même trois années pour mettre en uvre l’opération. Les plus perplexes noteront que ce changement de structure ne modifie en rien la situation de monopole de l’entreprise sur le secteur des télécommunications au Japon. Il n’empêche que NTT nouvelle version veut profiter de l’occasion pour entrer de plain-pied dans le XXIe siècle dont les télécoms seront un des moteurs.
Dans son rapport intitulé The Emerging Digital Economy (L’Economie numérique émergeante) publié le mois dernier, le ministère du Commerce américain mettait l’accent sur la très rapide évolution des échanges par voix électronique et leur importance grandissante dans le commerce international. En 1998, le commerce en ligne représentait 0,02 % de l’ensemble des échanges au Japon et le commerce électronique entre entreprises se situait autour de 1,5 %. En 2003, ces deux pourcentages devraient atteindre respectivement 1 % et 11,2 % dans l’Archipel. L’utilisation d’Internet au Japon connaît une très forte progression depuis quatre ans. En 1997, le pays du Soleil levant comptait 10 millions d’utilisateurs, début 1999 ils étaient 15 millions. Le libraire Kinokuniya, qui s’est installé sur le Net en 1996, réalise des ventes mensuelles de 6,7 millions de FF, un résultat qui lui permettra de doubler son chiffre d’affaires en 1999 par rapport à l’année précédente.
Parallèlement au développement du Net, celui de la téléphonie mobile connaît une croissance phénoménale dans l’Archipel. En mai 1995, il y avait 4,9 millions d’appareils en circulation, quatre ans plus tard, leur nombre atteignait 48,9 millions pour une population de 126 millions d’âmes. Les nouvelles technologies de l’information et des télécommu-nications ont désormais fait leur entrée dans les foyers japonais, ce qui fait dire à un responsable de Sony que le Japon “est entré dans l’ère du réseau où l’information est devenue un produit comme les autres”. Si des entreprises comme Sony disposent du contenu et des logiciels, elles ont besoin de l’infrastructure pour les transporter. Et au Japon, seul le groupe NTT est en mesure de leur fournir. Cette convergence d’intérêt permettra au pays du Soleil levant de profiter pleinement des effets positifs du développement du commerce électronique. Mais pour y parvenir, NTT doit poursuivre sa politique de réorganisation notamment à l’intérieur de ses structures pour les sortir de leur torpeur et du bureaucratisme rampant. Une réforme d’autant plus importante qu’aujourd’hui le marché des télécommunications au Japon – le second de la planète – subit les assauts des entreprises étrangères du secteur. On a ainsi vu l’américain MCI WorldCom installé son propre réseau en fibre optique tandis que AT&T et British Telecom ont investi plusieurs millions de FF dans Japan Telecom, l’un des concurrents de NTT, sur le marché des appels longue distance.
En mettant en place une véritable politique de réduction des coûts – à la fois au niveau interne et externe (tarifs), l’entreprise publique pourra ainsi rivaliser avec ses adversaires et donner aux prestataires les moyens d’assurer la fourniture d’un contenu. Déjà les appareils existent. A l’automne, Sharp commercialisera un four à partir duquel les ménagères pourra accéder à Internet pour consulter des sites consacrés à la cuisine ou commander les produits dont elles ont besoin.

Claude Leblanc