Kurosawa a rejoint le pays de ses reves

Comme le présentait joliment un dessin du Canard Enchaîné, le 8ème Samourai (lire: la mort) a finalement eu raison de l’auteur des Sept Samourais, décédé le 6 septembre dernier à son domicile, à l’âge de 88 ans. Depuis son trentième et dernier film, Madadayo (1993), Kurosawa n’avait rien pu tourner, bien qu’il ait encore eu des projets, dont un sur le monde des prostituées de Fukagawa à Edo, avec Harada Mieko. Mais sa santé déclinait.
Aujourd’hui adulé par la critique française (même celle qui le rejetait à l’époque de Rashomon), ayant trouvé appui chez ses admirateurs amé-ricains (Spielberg, Lucas, Coppola, Scorcese) ou européens (S. Liberman), et celui d’un public dépassant le cadre étroit de la cinéphilie pure, Kurosawa n’a pas connu le même sort au Japon. Dès qu’il s’est séparé de son acteur-fétiche Mifune Toshiro (mort en dé-cembre 1997) et de la Toho, le grand cinéaste a connu de vives difficultés pour continuer son uvre, et l’on se souvient de sa tentative de suicide après l’échec commercial et critique au Japon de Dodes’kaden en 1971. Car là-bas, l’échec commercial ne pardonne pas, et nombreux sont les cinéastes qui ont eu de la peine à s’en remettre.
Mais Kurosawa, descen-dant de samourais, était une force de la nature, et a su vaincre un destin parfois ingrat. Ses films, shakespeariens et “plus grands que la vie”, dignes de son premier maître à filmer, John Ford, donnent une vision large du monde, dont l’élément essentiel demeure l’Homme (et rarement la femme…) aux prises avec l’adversité du destin, l’indécrottable condition humaine et l’histoire du Japon.
Kurosawa était en fait un chantre du “moyen-âge”, revu et corrigé par la culture occidentale (dont on lui a si stupidement fait grief… en Occident), qui méprisait le Japon moderne, ses marchands et ses politiciens. Il était d’une certaine façon un “dissident culturel”, ce qui ne pouvait lui attirer les faveurs d’un ordre établi soucieux de respectabilité extérieure, et peu ambi-tieux.
Dans ses plus beaux films, vigoureux et émouvants (Rashomon, Les Septs Samourais, l’Idiot, Vivre, Le Château de l’Araignée, Barbe-rousse, Kagemusha, Ran, Rêves), Kurosawa filme un monde souvent chaotique, “rempli de bruit et de fureur”, en gardant son sang-froid. Comme le dit un personnage de Kage-musha : “Si tu ne vas pas à la montagne, la mon-tagne ne viendra pas à toi”. Kurosawa était autant l’Empereur de la montagne que celui du cinéma japonais.

Max Tessier



ñ{ÉyÅ[ÉWì‡Ç…åfç&Mac218;ÇÃãLéñÅEé ê^ǻǫÇÃàÍêÿÇÃñ&Mac179;ífì]ç&Mac218;Ç&Mac240;ã÷Ç&Mac182;Ç&Mac220;Ç&Mac183;