Le Monde de l’animation


Tendance : LE MONDE DE L’ANIMATION VOUS SALUE BIEN
Les 6, 7 et 8 juillet, au Parc des expositions de Villepinte à une trentaine de kilomètres du cœur de Paris, quelque 80 000 personnes se sont rassemblées pour assister à la huitième édition de Japan Expo, le rendez-vous annuel des fans de la culture populaire japonaise. Le sourire affiché par les organisateurs de cette grand messe est à la hauteur de la satisfaction des visiteurs qui, dans leur grande majorité, sont des amateurs invétérés de manga et d’animation made in Japan. Dans l’immense hall qui les accueillait, ils étaient des dizaines à avoir endossé le costume de héros tout droit tiré des dessins animés nippons dont la jeunesse française raffole de plus en plus. Outre les promoteurs de Japan Expo, d’autres messieurs d’apparence plus sérieuse en costume-cravate ne cachaient pas leur plaisir de voir toute cette foule de Français manifester son engouement pour ce que certains désignent sous l’expression Cool Japan. A l’ambassade du Japon à Paris qui soutient activement l’opération, en accueillant notamment dans ses locaux les conférences de presse, on se frotte les mains de voir tant de Français, des jeunes qui plus est, s’intéresser au Japon par le biais de la culture populaire et du dessin animé en particulier. Pour les diplomates, il est devenu indispensable de s’assurer que l’on fait bien le lien entre animation et Japon de manière à sensibiliser le public sur d’autres sujets que la simple culture populaire.
Il est bien sûr encore trop tôt pour déterminer si cette politique de promotion pourra produire les résultats escomptés par les autorités japonaises, mais on peut affirmer que le succès des œuvres issues des studios de production nippons est la juste récompense d’un travail de création qui a commencé dans les années 1960. Même si les premiers films d’animation japonais ont été réalisés en 1915 quelques années après les projections de productions occidentales en 1909, tout le monde s’accorde pour dire que c’est la diffusion d’Astro le petit robot (Tetsuwa Atomu) de Tezuka Osamu qui marque le véritable début de l’animation japonaise telle que nous la connaissons encore aujourd’hui. Diffusée à la télévision, cette série est caractéristique de la production japonaise de dessins animés. En effet, à la différence de ce qui se faisait aux Etats-Unis et en Europe, la plupart des films d’animation japonais ont été produits par les chaînes de télévision qui en assuraient ensuite la promotion dans leur programmation. La mise en place d’un rendez-vous hebdomadaire pour les amoureux de dessins animés a contribué à donner un rythme particulier à ces séries qui pouvaient ainsi s’étaler sur des mois et des mois à la différence des longs métrages classiques dont le scénario est lié à la contrainte de temps. Par ailleurs, la télévision représentait une excellente opportunité pour de jeunes talents qui ne pouvaient pas s’exprimer au cinéma à une époque où les grands studios japonais s’intéressaient davantage aux films d’action ou à la nouvelle vague. Très vite, le film d’animation s’est révélé être un moyen d’expression très important pour ces créateurs d’un nouveau genre. Miyazaki Hayao ou encore Takahata Isao (voir son interview) font partie de cette génération qui a su mettre le film d’animation au service de leur engagement à un moment où les autres formes d’expression peinaient. On peut citer l’exemple d’ Horus, prince du soleil (Taiyô no ôji, horusu no daibôken, 1968) qui se présente comme un appel lancé contre la guerre que les Etats-Unis menaient au Vietnam. C’est cette même volonté d’explorer les peurs, le futur pas toujours glorieux de nos sociétés qui a permis à des réalisateurs aussi talentueux que Otomo Katsuhiro ou Kon Satoshi à nous offrir des œuvres fortes et originales. Pas étonnant dans ces conditions que le public soit si sensible à cette originalité et plébiscite leurs productions. Rappelons que les Français ont eu aussi leur époque avec un Paul Grimault (Le Roi et l’oiseau) que de nombreux réalisateurs japonais vénèrent.
Claude Leblanc

Extrait des Contes de Terremer de Miyazaki Gorô

Buesna Vista International/Studio Ghibli

Dans les kiosks

Le succès des dessins animés à la télévision a incité, dès mai 1978, l’éditeur Tokuma Shoten à lancer Animage, le premier magazine dédié à l’animation au Japon. Répondant aux attentes d’un public de plus en plus passionné, le mensuel s’est rapidement imposé dans le paysage médiatique nippon avec des ventes qui avoisinent chaque mois les 250 000 exemplaires. Cette réussite et la multiplication des contenus disponibles ont amené d’autres éditeurs à tenter l’aventure. C’est ainsi que Kadokawa Shoten propose depuis mars 1985 le mensuel Newtype dont l’une des caractéristiques est d’accorder une place importante aux animations mettant en scène des robots. Là encore, la recette a séduit un public important au Japon et à l’étranger puisqu’il existe une édition américaine et une édition coréenne de Newtype.


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Entretien :
TAKAHATA ISAO, RÉALISATEUR DE FILMS D’ANIMATION

Takahata Isao est le réalisateur de nombreux longs métrages d’animation
parmi lesquels Mes Voisins les Yamada, Pompoko et le fameux Tombeau des
lucioles.
Photo : Sayaka Nakagawa Atlan
Que pensez-vous du succès de vos films en France ?
T.
I. : Cela me fait très plaisir. Comme je ne pense pas à la réaction des
spectateurs étrangers lors du processus de création, cela est une sorte
de bonus pour moi.

Tous vos longs métrages
sont basés sur la culture japonaise. Avez-vous l’intention de continuer
à faire des films d’animation avec le Japon en toile de fond?
T.
I. : J’adore la France et bien sûr, j’ai de la curiosité pour le monde
entier. Mais pour mes films, il est important de traiter du Japon, que
je connais et que j’aimerais mieux connaître. Au début de ma carrière,
j’ai fait des séries télé d’animation comme Heidi, Marco et Anne aux
cheveux roux. Pour cela, je me suis beaucoup documenté sur la vie
quotidienne à l’étranger à la fin du XIXe siècle. Mais à cette époque,
j’étais étonné de constater que ni les créateurs ni les spectateurs ne
s’intéressaient au Japon. Une autre raison qui m’a amené à me pencher
sur mon pays, c’est la différence de langue. Il me semblait peu naturel
de créer des personnages occidentaux qui parlent japonais. Voilà
pourquoi je n’ai pas voulu poursuivre l’aventure Heidi trop longtemps.

Votre
film Le Tombeau des Lucioles est très apprécié en France. Comment
avez-vous décidé de faire un film d’animation à partir de ce roman de
guerre ?
T. I. : j’ai lu ce roman, j’ai pensé à la
possibilité de l’adapter en film d’animation, même s’il n’y avait pas
de précédent. On m’a demandé la raison pour laquelle je créais le film
d’animation dont les deux personnages principaux finissent par mourir.
En fait, j’ai utilisé un style ancré dans la tradition japonaise dans
ce film qui consiste à montrer dès le début leur mort, avant les scènes
qui donnent une explication à cette fin tragique, comme dans les
histoires du double suicide de Chikamatsu. Je crois que l’auteur de
l’histoire, Nosaka Akiyuki, devait aussi être conscient de cela. Mon
défi, c’était de produire l’atmosphère de ce style traditionnel, par le
biais du film d’animation, non par le film documentaire.

En 2004, vous avez fondé une association de cinéastes pour défendre l’article 9 de la Constitution.
T.
I. : En effet, je suis un des promoteurs de cette association de
cinéastes. Depuis plus de 60 ans, il n’y a eu aucun mort à cause de la
guerre au Japon, ce qui est très important. Il faut donc essayer non
seulement de défendre cet article 9 qui affirme la renonciation à la
guerre, mais plutôt de le faire vivre : poser cela comme le centre de
la politique étrangère afin de représenter l’originalité du Japon. Il
n’est donc pas nécessaire que le Japon devienne un pays comme les
autres. Mais en réalité, la politique est dominée par les gens qui
veulent modifier la Constitution pour que le Japon puisse participer à
la guerre. Parmi les nombreux hommes politiques qui souhaitent modifier
l’article 9, il se trouve non seulement des membres du Parti
libéral-démocrate au pouvoir, y compris le présent et l’ancien Premier
ministre, mais aussi des députés de l’opposition. C’est au moment où
cette volonté s’est affirmée au grand jour, que certains intellectuels
que je respecte, comme Katô Shûichi, Sawachi Hisae, Inoue Hisashi et
mon contemporain Ôe Kenzaburô, ont lancé l’association Article 9.
D’ailleurs, la femme de l’ancien Premier ministre Miki Takeo, Mutsuko,
participe aussi à ces activités. Par la suite, nous avons créé notre
association de cinéastes inspirée par ce mouvement qui a des
sympathisants à travers tout le pays.

Que
pensez-vous des films d’animation assistée par ordinateur ? Dans le
domaine de la création de film d’animation, quels pays vous attirent ?
T.
I. : On ne peut pas dire qu’il s’agisse d’une technologie formidable,
mais on ne peut pas dire non plus qu’elle soit inutile. Mais il est
vrai que les techniques actuelles permettent de faire plusieurs essais
sans peine, contrairement à l’époque où tout était fait à la main. Cela
influence le résultat du film, peut-être. Concernant le long métrage
d’animation, les Etats-Unis font de nombreux films parmi lesquels se
trouvent les œuvres intéressantes produites par Pixar. La France crée
des œuvres originales, comme les films réalisés par Sylvain Chomé ou
Jacques Colomba. D’ailleurs, j’ai introduit au Japon Kirikou et la
Sorcière et Azur et Asmar de Michel Ocelot. Sinon, ce qui m’inquiète
dans le film d’animation chinois, c’est qu’il est en train de perdre
son originalité. Peut-être suis-je prétentieux de le dire, mais
j’aimerais que la jeune génération s’intéresse à la belle tradition
incarnée par le Studio de Shanghaï dont j’ai toujours admiré le
travail.
Propos recueillis par Nakagawa Sayaka


 


 

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