Le Japon plus engage


Le 23 septembre 1997, les gouvernements américain et japonais s’entendaient pour réviser les “principes de coopération militaire nippo-américains” qui avaient été définis en 1978 en pleine guerre froide. Aujourd’hui les menaces pour le Japon ne se situent plus aux frontières même du pays, elles ont une dimension régionale. Les risques d’un conflit dans la péninsule coréenne sont latents comme l’a démontré le lancement d’un missile nord-coréen Taepodong le 31 août dernier au-dessus du territoire japonais. Les rapports sino-taiwanais ne sont guère meilleurs. La crise du printemps 1996 dans le détroit de Formose a fortement marqué les esprits dans l’Archipel, amenant les dirigeants japonais à entamer une réflexion sur le rôle du Japon en cas de conflit régional. D’ailleurs, la mise en chantier du projet de refonte des principes de coopération militaire a débuté en juin 1996.
Le document publié à l’automne dernier répond en partie à cette interrogation tout en permettant aux deux Etats de réaffirmer leur alliance dont beaucoup soulignaient la fragilité. La nouveauté de ce texte qui a d’ailleurs suscité de nombreuses réactions au Japon mais aussi et surtout en Asie, c’est sa dimension régionale. Alors qu’en 1978, l’accent était mis sur la protection du territoire japonais contre toute agression extérieure, les nouvelles lignes directrices définies dans l’accord de septembre 1997 insistent sur l’implication du Japon dans la stabilité de la région. L’alliance nippo-américaine doit désormais “jouer un rôle important dans le maintien de la stabilité et de la sécurité en Asie-Pacifique”. Au total, ce sont 40 articles qui déterminent le cadre de coopération entre les deux pays en vertu de laquelle le Japon “apporte son soutien logistique à l’armée américaine en action”. Non seulement les Japonais fourniront du matériel de déminage ou de transport et des installations portuaires, mais ils participeront également à des opérations d’évacuation et d’observation.
Toutefois, cet engagement du Japon aux côtés des Etats-Unis est loin de faire l’unanimité dans l’Archipel et au-delà de ses frontières. Certains dénoncent le flou du texte qui, selon eux, ne répond pas à plusieurs interrogations, notamment celles portant sur le principe de défense collective que la Constitution japonaise n’autoriserait pas. Jusqu’à ces dernières années, les gouvernements japonais successifs ont interprété le texte suprême en ce sens. Or comme le soulignait l’Asahi Shimbun, la notion de défense collective est bel et bien contenue dans le texte, ce qui pour le quotidien progressiste doit amener les pouvoirs publics à revoir leur copie. L’opinion publique semble, en revanche, plus réceptive. Selon un sondage réalisé par la NHK, la chaîne de télévision publique, 57,1 % des personnes interrogées se prononçaient en faveur du nouveau cadre de coopération nippo-américain, 47,2 % d’entre elles justifiant leur choix par la nécessité pour “le Japon de jouer un rôle sur la scène internationale”. Malgré les remous provoqués dans l’Archipel par cet accord, c’est surtout les réactions en Asie qui ont posé problème, en particulier celles de la Chine. Cette dernière critiquait la portée géographique du texte, c’est-à-dire savoir si Taiwan est inclus ou non dans le périmètre d’intervention éventuelle du Japon. Le gouvernement s’est retrouvé face à un dilemme. Si le gouvernement japonais reconnaît officiellement que l’île nationaliste fait partie de la zone où les forces nippones pourraient intervenir, cela revient implicitement à soutenir la volonté d’indépendance de Taiwan. Dans le cas contraire, c’est laisser à la Chine toute latitude pour régler par la force la question de Taiwan. Les responsables politiques japonais ont opté pour une position suffisamment floue afin que Pékin ne s’agite pas trop, justifiant selon leurs interlocuteurs telle ou telle option.
Même si l’opinion selon laquelle “l’absence d’un accord tel qu’il a été défini en septembre dernier était en soi une aberration et que sa conclusion mérite d’être saluée à sa juste valeur” est peut-être exagérée, il convient de noter que la décision japonaise d’accepter une évolution de son rôle en Asie marque une réelle volonté d’être acteur et non spectateur sur le continent asiatique. Son rapprochement avec la Russie constitue une autre illustration de cet engagement. Première étape dans la création d’un système de coopération régionale en matière de sécurité ? Il est encore un peu tôt pour l’affirmer. Il n’empêche que l’idée proposée en son temps par M. Gorbatchev semble faire son chemin. Le Japon se positionne pour en être l’un des principaux membres. Reste à convaincre les voisins, Chine en tête, ce qui est loin d’être gagné. En attendant, les nouvelles lignes directrices approuvées par Tôkyô et Washington vont donner l’occasion au pays du Soleil levant d’essayer de jouer dans la cour des grands.

Claude Leblanc

 


 

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