Kanzo sensei debarque a Cannes

Si 1997 a été une année exceptionnelle pour le cinéma japonais à Cannes, cumulant Palme d’Or (L’Anguille) et Caméra d’Or (Moe no Suzaku), il n’en est pas de même cette année. En fait, sauf si l’on considère que le remake hollywoodien de Godzilla en clôture est “japonais”, Imamura Shôhei sera le seul représentant du cinéma japonais à Cannes, avec Kanzo sensei (Dr Akagi), présenté hors compétition le 17 mai. Tourné dans la foulée de L’Anguille, grâce à la Palme d’Or qui a soudain débloqué les porte-monnaie des producteurs (Toei et le Studio Canal+), Kanzo Sensei est en fait un hommage d’Imamura à son père, qui était lui-même “médecin des pauvres” dans le Japon d’après guerre, et a présidé à la création d’une forme de sécurité sociale à la japonaise.
Adapté d’une nouvelle de Sakaguchi Ango, Kanzo sensei (litt. “Dr Foie”) raconte l’odyssée d’un drôle de médecin pris dans les remous de la fin de la guerre, et obsédé par la découverte du virus de l’hépatite qui ravage les populations – d’où son surnom. Flanqué d’une jeune assistante également prostituée Soneko (Aso Kumiko), d’un chirurgien morphinomane et anarchiste et d’un bonze alcoolique et corrompu (Kara Juro), le Dr Akagi est l’une de ces figures masculines typiquement “imamuriennes” dans la lignée de La Vengeance est à moi et de Zegen, toutes d’énergie, qui dessinent les petites fresques de la Contre Histoire du Japon contemporain. Mais cette fois, l’acteur principal n’est ni Ogata Ken, ni Yakusho Koji, mais Emoto Akira, qui remplaça au pied levé Mikumi Rentaro, sans doute trop vieux pour le rôle. Il se trouve aussi face à face avec Piet, un prisonnier hollandais évadé d’un camp (Jacques Gamblin), qui l’aidera à trouver le fameux virus, avant une fin symbolique plutôt inattendue où le foie rejoint une forme de champignon… A 71 ans, Imamura reste un cinéaste étonnamment jeune et énergique.
O-tanoshimini.
Sore ja, mata,

Max Tessier