MOE NO SUZAKU L’envers de la Ballade de Narayama

Parmi les films récents qui ont cristallisé une certaine renaissance du jeune cinéma japonais, Moe no Shuzaku (1) de Kawase Naomi qui sort le 4 mars, est l’un des plus remarqués, pour avoir obtenu la très convoitée Caméra d’or de la première œuvre, au dernier festival de Cannes. Sa réalisatrice (29 ans), qui a depuis épousé son producteur, Sento Takenori, s’est formée à l’école du documentaire autobio-graphique, en filmant dans des courts métrages ses rapports avec sa famille dans la région de Nara, où elle est née (Embracing en 1993, Katatsumore en 1995, entre autres) . Moe no Suzaku ne fait pas exception à la règle : la cinéaste a préparé son film avec les habitants de Nishiyoshino-mura, dans les montagnes environnant Nara, reprenant à son compte les méthodes du grand documentariste Ogawa Shinsuke. Mais ici, point de luttes sociales contre l’implantation d’un nouvel aéroport. Les gens vivent en symbiose avec la nature, qui leur apporte vie et mort, au rythme des saisons. Le film, magnifiquement photo-graphié par Tamura Masaki, dans la chaleureuse lumière de l’été, décrit sans aucune dramatisation théâtrale les rapports entre les membres d’une famille, les Tahara, les tentatives de désenclavement du village par la construction d’un chemin de fer et d’un tunnel qui permettraient une nouvelle communication avec le monde au début des années 1980, et la fin de leurs illusions après l’abandon du projet. Une ellipse de quinze ans nous propulse d’un coup dans le présent, où la famille Tahara connaît de sérieuses difficultés écono-miques…
Tout cela formerait une armature assez convenue, si Kawase ne portait sur ce monde-microcosme qu’elle connaît bien – un regard intérieur, où passe une émotion vraie. Au fil des banalités quotidiennes, qui évoquent parfois l’atmosphère de certains des derniers films d’Ozu, sorte de dieu tutélaire du film, un certain mystère s’installe, surtout lorsque Tahara Kozo disparaît dans un tunnel avec une caméra super 8mm. C’est la réalisatrice qui prend alors la famille en charge, jusqu’à cette fin superbe où Yasuyo, désemparée, décide de quitter le village, avant que le vent de la montagne ne vienne prendre l’âme de la grand-mère, dans un dernier plan où la caméra prend littéralement possession de l’espace, tel la déesse Suzaku.
Certes, Moe no Suzaku n’est pas un film facile qui fera courir les foules cinéphiles, comme Hana-bi, mais, dans sa lenteur calculée et sa compassion humaine, il exprime un vrai regard de cinéaste, sans les artifices utilisés par la plupart de ses confrères. Depuis, Kawase Naomi a réalisé un nouveau docu-mentaire, Somaudo monogatari (Histoire de gens de la forêt), qui reprend la même approche, avec ces sortes de “photomatons” insistants qui intriguent même les gens qu’elle filme, parfois agacés. Peut-être Kawase a-t-elle voulu filmer l’envers de La Ballade de Narayama, dans les montagnes apaisées de l’été ?

sore ja mata,

Max Tessier

(1) le titre japonais est particulièrement difficile à traduire : il se réfère à une ancienne divinité protectrice chinoise, Suzaku (un oiseau), tournée vers le Sud, et annonçant le printemps.


 

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