ENTRETIEN : AOKI SHINMON

Qu’est-ce qui vous a amené à choisir ce métier ?
A. S. : Ce n’est pas un choix. C’est le hasard qui m’a conduit à exercer cette profession. Travailler dans une entreprise de pompes funèbres ne faisait pas partie de mes objectifs. On m’a un peu forcé la main, mais j’y ai pris goût. Et j’ai surtout commencé à m’habituer à être appelé “M. le croque-mort” (nôkanfu). Le terme de croque-mort n’existait pas dans la langue japonaise. Cela signifie que le métier lui-même ne se pratiquait pas. Quand j’ai commencé à l’exercer dans les années 1960, on mourait encore beaucoup chez soi. La mise en bière était alors souvent accomplie par des parents, en général des hommes. J’ai été le témoin de mises en bière familiales. Dans ces moments-là, les hommes se saoûlaient pour se donner du courage. Il m’est arrivé de les aider.

Pouvez-vous nous dire comment les mises en bière se passent actuellement au Japon ?
A. S. : Il est très rare aujourd’hui que les familles la pratiquent comme cela arrivait par le passé. Ce sont les entreprises de pompes funèbres qui assurent ce travail. Au sein de ces sociétés, il y a des personnes qui sont spécialisées et qui préparent les corps avant qu’ils soient déposés dans le cercueil. Les cas de mise en bière autour de la famille comme on en voit dans le film Departures de Takita Yôjirô sont en voie de disparition. C’est particulièrement vrai dans les villes où l’on meurt souvent à l’hôpital. Dans ces cas-là, le travail est accompli dans une salle à part, loin des regards. On prépare le corps souvent en l’absence de la famille avant qu’il soit transporté  jusqu’au lieu où se dérouleront les funérailles. Parfois, des membres de la famille viennent jeter un œil. Mais la tendance actuelle est de préparer le corps dans une salle fermée semblable à une salle d’opérations dans laquelle la famille n’a pas le droit d’entrer.
Toutefois, dans certaines régions du Japon, notamment dans le nord, des cérémonies de mise en bière organisées à domicile en présence de la famille ont parfois lieu. L’homme qui m’a formé à ce métier me disait souvent que “le moment de la mise en bière est un moment fort de communication entre le mort et les vivants. C’est pour ça qu’il faut pas que ce rite disparaisse”. C’est ce que montre parfaitement le film Departures.

On dit que le film a contribué à populariser le métier notamment auprès des jeunes. Qu’en pensez-vous ?
A. S. : Ces derniers temps, on a constaté que les conférences organisées sur ce thème suscitaient un grand intérêt. Un de mes confrères m’a raconté que le nombre de candidatures dans sa société avait décuplé l’année dernière. Il va sans dire que le succès de Departures explique en grande partie ce phénomène. Mais comme m’a dit un autre de mes confrères, “le côté cool de ce métier tel qu’il peut apparaître dans le film disparaît vite et la plupart des candidats abandonnent au bout de deux ou trois mois”. Je partage la même opinion qu’eux à cet égard. On ne peut pas exercer un métier comme celui-là, en ne se fiant qu’à son impression tirée d’un film même s’il est bon.

Ces dernières années, le marché des pompes funèbres s’est ouvert à des entreprises étrangères. Qu’en pensez-vous ?
A. S. : Ce n’est pas évident de pénétrer un marché comme celui-là. Les pompes funèbres n’est pas un secteur commes les autres. Il ne s’agit pas de produits comme des voitures. La religion, la culture ou encore la tradition ont leur importance dans notre pays. On ne peut pas s’improviser entreprise de pompes funèbres en ayant comme motivation le seul intérêt commercial. C’est d’ailleurs ce que rapporte fort bien le film de Takita Yôjirô. Ce film montre que l’aspect humain prime sur la dimension économique et que l’essentiel se concentre autour des individus et des sentiments.

Propos recueillis par Claude Leblanc


Ancien gérant d’un restaurant qui a fait faillite, Aoki Shinmon a répondu à une offre d’emploi qui l’a conduit à devenir croque-mort. Il a raconté son histoire dans Nôkanfu nikki (Journal d’un croque-mort) qui a paru en 1996 et s’est vendu à plus de 450 000 exemplaires. Il a largement inspiré
Takita Yôjirô pour son film Departures.


 

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