Cinéma : RENCONTRE : YOSHIDA KIJÛ, LE CINÉASTE QUI REFUSE LES IDÉES TOUTES FAITES

Vous êtes entré à la Shôchiku au printemps 1955 en plein âge d’or du cinéma japonais. Racontez-nous.
Y. K. : En effet, on pouvait parler d’âge d’or du cinéma japonais. Au sein des studios, il y avait un système assez rôdé selon lequel les assistants réalisaient leur premier film après dix ans de carrière. Je m’étais donc préparé à attendre, mais je ne savais pas si je pourrais supporter cette longue attente. Peu à peu, j’ai fini par succomber au charme de l’espace (kûkan miryoku). Moi qui étais plutôt un homme de lettres, j’ai finalement trouvé dans le plan cinématographique quelque chose de nouveau, ce que j’appelle l’espace cinématographique. J’ai cherché à l’explorer et c’est ça qui m’a donné l’envie de poursuivre dans le cinéma. L’avènement de la télévision a porté un coup rude aux studios. Le tournant étant peut-être le mariage du prince hériter Akihito (l’actuel empereur) en 1959 qui fut retransmis en direct et suivi par des millions de personnes. Un an plus tard, je réalisais mon premier film. J’avais 26 ans. A cette époque, les grands cinéastes de la Shôchiku, Ozu Yasujirô et Kinoshita Keisuke, mobilisaient pour chacun de leur projet de gros moyens matériels et financiers. En proie à la crise, les responsables du studio se demandaient s’ils pouvaient encore se permettre de telles dépenses ou s’il ne leur fallait pas envisager autre chose, en faisant appel à des personnes qui travaillent vite avec un budget réduit. Ils se sont donc tournés vers les jeunes assistants dont je faisais partie avec Oshima Nagisa. Je crois que nous devons cette promotion à notre engagement dans l’écriture de scénarios originaux que nous publiions et diffusions au sein du studio. Pour ses dirigeants, nous représentions une alternative crédible. Par ailleurs, le Japon était secoué par une vague de contestation liée au renouvellement du Traité de sécurité nippo-américain. En faisant appel à de jeunes réalisateurs, ils voulaient aussi prendre en compte cette situation où la jeunesse jouait un rôle important.

La jeunesse fut le thème de votre premier film Bon à rien (Rokudenashi) en 1960.
Y. K. : Quand on m’a demandé de faire mon premier film, on m’a prié de choisir le thème de la jeunesse. A ce moment-là, le studio concurrent, la Nikkatsu, avait enregistré quelques beaux succès grâce à des films sur la jeunesse. Il s’agissait plutôt de films d’action où la jeunesse était présentée de façon très manichéenne avec des bons et des méchants. Pour moi, c’était tout à fait artificiel. Cela ne correspondait en rien à la réalité de la société de l’époque. La jeunesse se caractérisait par un sentiment de frustration et d’échec et c’est cela que je voulais montrer dans mes films. C’est dans ces moments de frustration et d’échecs qu’apparaissent les contradictions de la société toute entière.

L’échec et la mort dominent vos films. Le pessimisme semble vous habiter.
Y. K. : Je ne dirais pas que c’est du pessimisme. Je veux simplement dire que les choses ne se déroulent pas toujours de façon idéale. J’ai accepté de tourner La Source thermale d’Akitsu (Akitsu Onsen) à partir du moment où l’on me laissait les mains libres. Comme pour les films sur la jeunesse, les films d’amour étaient fondés sur des idées fausses qu’il fallait remettre en cause. La plupart des films de ce genre imposent une relation amoureuse au spectateur. Je voulais procéder autrement. L’histoire racontée se déroule sur 17 ans et les deux amoureux ne se voient que quatre fois avec de longues périodes d’absence. Je me suis concentré sur ces moments de rencontre, laissant au spectateur le soin de combler le temps qui les sépare. Le film repose donc sur l’investissement imaginaire du spectateur.

Propos recueillis par Claude Leblanc


 


 

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