LES CONTES DE TERREMER, UNE AVENTURE FAMILIALE


Ged et Arren, deux des principaux personnages des Contes de Terremer

Buesna Vista International /Studio Ghibli

Inspiré du manga Le Voyage de Shuna (Shuna no tabi) illustré par Miyazaki Hayao, Les Contes de Terremer (Gedo senki) le premier long métrage d’animation signé de son fils Gorô est une œuvre intéressante dans la mesure où l’on retrouve à la fois l’influence de Miyazaki senior et de son équipe au studio Ghibli et le désir de Miyazaki junior de trouver un style qui lui est propre. L’influence du père s’explique notamment par le fait que le film était un projet que Hayao rêvait de mener depuis longtemps. Il avait même pris contact avec l’auteur de l’œuvre originale, Ursula K. Le Guin, mais elle avait refusé car, à l’époque, Miyazaki n’était encore qu’un débutant. Il n’en reste pas moins que les thèmes évoqués dans Les Contes de Terremer ont eu un grand impact sur l’œuvre ultérieure de Hayao. L’harmonie avec la nature et les créatures célestes sont devenus des thèmes récurrents dans les films signés par Miyazaki senior.

C’est particulièrement vrai dans son premier chef-dœuvre Nausicaa de la vallée du vent (Kaze no tani no Naushika, 1984) sorti tardivement en France, en 2006. On retrouve d’ailleurs dans Les Contes de Terremer bon nombre d’allusions à ce formidable film adapté du manga éponyme signé Hayao. Ainsi tout au long du film, les clins d’œil à l’œuvre du père se multiplient. L’esthétique caractéristique des studios Ghibli est bien présente et le spectateur n’est pas dépaysé jusqu’aux dernières scènes que Gorô prend à son compte de manière magistrale. Le combat final est particulièrement réussi dans la mesure où l’on sent que Miyazaki junior est parvenu à imposer sa propre esthétique qui, certes, ne s’oppose pas totalement à celle de son père, mais qui est très marquée par d’autres influences graphiques. Ce qui donne à la fin de ce film une beauté magistrale. On comprend mieux pourquoi lors de leur présentation au Festival de Venise en septembre 2006 Les Contes de Terremer ont reçu une standing ovation de plusieurs minutes. Une bien belle œuvre à ne pas manquer.

Claude Leblanc

 


DVD : KINOSHITA REVIENT CHEZ MK2 VIDÉO
Après le magnifique La Ballade de Narayama, MK2 Editions persiste et signe avec Kinoshita Keisuke, en proposant pas moins de cinq films du réalisateur. Ses plus grands succès Carmen revient au pays (Karumen kokyô ni kaeru, 1951), comédie satirique et premier film en couleurs japonais, le seul sorti en France, ou encore Les 24 prunelles (Nijûshi no hitomi, 1954), sa célèbre chronique d’une institutrice et de ses douze élèves, de 1928 à 1946 dans une petite île de la Mer intérieure du Japon sans oublier des films moins connus, seulement présentés dans des rétrospectives figurent parmi les DVD disponibles depuis le 28 mars. Ainsi on trouve La Rivière Fuefuki (Fuefuki gawa, 1960), curieuse chronique historique vue du côté des paysans victimes des guerres, Un Amour éternel (Eien no hito, 1961), drame sentimental centré sur une femme dont la vie est bouversée par le retour de la guerre d’un homme qu’elle a aimé, et enfin, Les Enfants de Nagasaki (Kono ko wo nokoshite, 1983), œuvre tardive qui revient sur les séquelles de l’explosion atomique de Nagasaki, comme dans Pluie noire (Kuroi ame, 1989) d’Imamura Shôhei pour Hiroshima.
Presentés et analysés avec précision et intelligence narrative par le critique Charles Tesson, et sous-titrés par l’infatigable Catherine Cadou, ces films témoignent de l’importance dans l’histoire du 7ème Art japonais d’un cinéaste attaché au studio Shôchiku, qui n’a jamais vraiment accédé à la reconnaissance internationale, comme son confrère Ozu. Kinoshita, cinéaste pudique et sentimental, adepte des plans larges et de l’humanisme exemplaire, est pourtant le plus représentatif d’une certaine tradition au sein de la Shôchiku. Il a su exploiter l’immense talent de l’actrice mythique Takamine Hideko, présente dans tous les DVD, sauf le dernier, que ce soit dans le registre dramatique ou comique. A découvrir impérativement, après tant d’années d’oubli.
Max Tessier

Cinq films de Kinoshita Keisuke disponibles au prix unitaire de 24,99euros.