En douce

Le Japon donne souvent l’impression d’un bordel hyper organisé où tout se juxtapose sans véritable logique, où le fond compte plus que la forme. Car par exemple personne ne semble s’étonner que le ramassage des ordures puisse parfois se faire devant l’enceinte d’un temple de quartier (petit, certes), pourvu que l’opération ne perturbe pas la vie de ses habitants. Ici, pas de poubelle. Les ordures sont triées, mises en sac et posées le plus souvent à même la rue selon un calendrier bien défini. Avec généralement pas plus de deux passages par semaine pour les ordures ménagères, les amas de déchets peuvent facilement prendre des allures de décharges publiques. Le règlement peut varier d’une localité à l’autre, mais partout il insiste sur le tri des ordures. Certaines municipalités ayant adopté l’usage du sac blanc quasi transparent, il est parfois impossible de jeter n’importe quoi n’importe quand. A moins d’attendre que la nuit ait plongé le quartier dans l’obscurité la veille du passage des éboueurs… Certains se risquent en effet à une heure avancée de la nuit à se débarrasser de leurs saletés en espérant que personne ne les aura remarqués, à la dérobée des regards: koso koso. Et comme ils sont quand même assez nombreux à jouer les videurs de poubelles nocturnes, je me dis que dans le tas il y a pas mal d’adeptes de la grasse matinée. Je le sais, j’en fait partie.

Pierre Ferragut