MORI ET LE SOUS-MARIN AMERICAIN

Le premier ministre japonais, MORI Yoshiro, est plus que jamais assis sur un siège éjectable (sans doute aura-t-il d’ailleurs démissioné de la tête du gouvernement nippon lorsque cet article aura été imprimé). Sa côte de popularité était croyait-on au plus bas mais elle a encore baissé, jusqu’à 9% de satifaits (!), en raison d’un fait divers tragique. Un sous-marin nucléaire américain a en effet coulé un bateau-école de pêche japonais le 9 février dernier, faisant neuf victimes. Mais Mr Mori, informé du naufrage et de l’existence de compatriotes disparus, n’a pas jugé utile d’interrompre sa partie de golf, une partie de golf réalisée de surcroît grâce à une carte de membre (à 2,5 millions de Francs) offerte par un homme d’affaires, carte que Mr Mori avait oublié de déclarer au fisc…
Le sous-marin à propulsion nucléaire “Greeneville” est donc entré en collision avec l’”Ehime-Maru” au large d’Hawaï, alors qu’il effectuait une manœuvre de remontée d’urgence en surface. Le navire japonais avait 35 personnes à son bord, parmi lesquelles 13 étudiants. 26 ont été sauvées mais 9 autres (2 professeurs, trois membres d’équipage et 4 élèves de 17 ans) n’ont pas été retrouvées. La presse nippone s’est immédiatement offusqué de cet accident, qui intervient sur fond d’incidents récurrents avec les 47 000 soldats américains basés sur l’archipel, et s’est préoccupé des circonstances du nauffrage. Le temps était en effet clément et la mer légèrement houleuse. Le Yomiuri notamment s’interrogeait donc de savoir “…comment l’équipage d’un bâtiment aussi moderne en train de faire surface a pu ne pas avoir connaissance de ce qui se passait au dessus de lui”. Ce que l’on a appris quatre jours plus tard n’a fait qu’amplifier le sentiment de choc de la presse, comme de l’opinion publique. Les américains ont de fait fini par révéler que l’équipage du sous-marin n’était pas aux commandes au moment de l’accident. C’est un civil, invité à bord avec 16 autres personnes dans le cadre d’une opération de relations publiques de la marine, qui a effectué la manœuvre. Une enquête a été ordonnée pour déterminer si la présence de civils aux postes de contrôle du sous-marin est ou non à l’origine de la collision, mais le Bureau américain de la sécurité des transports a d’ors et déjà admis que l’équipage du “Greeneville” avait été “distrait” par la présence de civils à bord. Le ressentiment des Japonais envers leur allié n’a donc pas fini de s’exprimer.
(AFP, AP), “Un sous-marin nucléaire américain entre en collision avec un navire japonais”, Le Monde, 11-12/02/01.
(AFP, AP), “Nouvelle colère du Japon contre Washington”, Le Figaro, 12/02/01.
Brice Pedroletti, “Le premier ministre japonais de nouveau critiqué après la collision au large d’Hawaï”, Le Monde, 13/02/01.
(AFP, AP), “Deux civils étaient aux commandes du sous-marin américain qui a coulé un bateau japonais”, Le Monde, 15/02/01.
(AFP, AP), “Tokyo proteste officiellement auprès de Washington après la collision navales au large d’Hawaï”, Le Monde, 16/02/01.
Philippe Pons, “Le Japon cherche de nouveau un premier ministre”, Le Monde, 21/02/01.
Jean Leclerc du Sablon “Le long crépuscule de Yoshiro Mori”, Le Figaro, 22/02/01.
Philippe Pons, “Le Japon est indigné après la collision du sous-marin américain “Greeneville” avec l’”Ehime-Maru””, Le Monde, 24/02/01.
Yves Bougon “ Mori seul contre tous”, Le Figaro, 05/03/01.
PARTENAIRE IDEAL OU CHIMERE?

Le président du cinquième constructeur automobile japonais, Mitsubishi Motors, filiale du groupe germano-américain DaimlerChrysler, a annoncé lundi 26 février une restructuration de son entreprise sur les trois prochaines années. Cette restructu-ration prévoit la suppression de 14% des effectifs, soit près de 10 000 salariés, et la fermeture d’une des 4 usines japonaises. Sans doute est-ce le prix à payer pour le scandale des défauts de fabrication dissimulés par la direction, mis à jour l’an dernier par une enquête du ministère des Transports. Mitsubishi a finalement été contraint de rappeler de nombreux modèles (plus de 1,5 millions de véhicules), certains même à deux reprises, ce qui non seulement a couté fort cher à la marque mais aussi et surtout a été lamentable pour son image. Le carnet de commande est donc en chute libre et le constructeur a actuellement 64000 plaintes sur le dos. De là à dire que le partenaire considéré comme idéal il y a six mois (lors de l’acquisition de 34% du capital de Mitsubishi par DaimlerChryler) par le tandem américano-allemand, soit en fait une chimère, il n’y a qu’un pas, que le grand patron allemand, Jürgen Schrempp, ne semble pourtant pas avoir franchi. A suivre…

Clotilde Leroy

Brice Pedroletti, “Filiale du groupe germano-américain, Mitsubishi va supprimer 9500 emplois”, Le Monde, 27/02/01.
Richard Werly, “L’année noire de Mitsubishi”, Libération, 27/02/01.
Aude Sérès, “Mitsubishi supprime 14% de ses effectifs et ferme une usine”, Le Figaro, 27/02/01.
Jean-Paul Picaper, “Quand “Rambo” découvre les charmes de la diplomatie”, Le Figaro, 27/02/01.