Cinema nippon tous azimuts

Après la passionnante semaine des Nouvelles images du Japon au Forum des Images des Halles en décembre, bardée d’avant-premières, de films inédits et de rétrospectives, dont celles des très talentueux Takahata Isao (pour l’industrie) et Kawamoto Kihachiro (pour l’artisanat créatif), voici que débarque enfin, le 12 janvier, le très attendu Princesse Mononoké (Mononoke Hime), de l’incontournable maître Miyazaki Hayao. Succédant de peu à la sortie française tardive de Mon voisin Totoro (Tonari no Totoro, 1989), un des plus gros succès de l’animé nippon, Princesse Mononoké nous arrive trois ans après sa sortie au Japon, distribué par GBVI (branche européenne de Disney), dans sa version originale, alors que l’on craignait de voir une version internationale plus courte. Pur produit du studio Ghibli, fondé en 1984 avec Takahata, Mononoke a demandé plus de trois ans de fabrication, pour aboutir à l’un des dessins animés les plus artistiquement ambitieux jamais réalisés au Japon, couronné par un triomphe public sans précédent – un peu l’équivalent d’un film comme Mulan pour Disney.
Créé en pleine crise économique, à un moment où les Japonais commençaient sérieusement à douter d’eux mêmes, Mononoke Hime est un film-fleuve (2h18), qui, comme Pompoko, de Takahata (1995, dont on aimerait voir la sortie française), opère un retour aux sources mythiques du Japon ancien, mêlant récit épique, fantastique légendaire, et “message” écologique, à l’époque Muromachi (1333-1568). A travers la lutte des Emishi, menés par le Prince Ashitaka contre les esprits maléfiques incarnés par le grand sanglier sauvage, sa quête du Dieu-Cerf qui pourrait rompre la malédiction, et sa rencontre avec la princesse des spectres (Mononoke), c’est tout le Japon des origines qui est convoqué par Miyazaki et son équipe. Dans la réconciliation avec la Nature-mère, y a-t-il un “Dieu Cerf” qui puisse aujourd’hui sauver le Japon moderne de l’auto-destruction ? C’est finalement la question majeure que se pose le film, qui vise constamment à la perfection technique et esthétique, dans un foisonnement d’images souvent splendides, qui vous laissent tourneboulé sur votre fauteuil. Un sommet du cinéma d’animation à ne manquer sous aucun prétexte.
Par ailleurs, Swift et le Studio Canal + distribuent l’un des derniers films du surdoué de la jeune génération, Tsukamoto Shinya (auteur de Tetsuo 1 et 2), Bullet Ballet (1998), rude plongée dans la violence suburbaine, filmée en noir et blanc contrasté, où des personnages de mutants, pour ainsi dire engendrés par Tokyo et sa technologie, s’entredéchirent dans les bas-fonds. Un peu moins convaincant, toutefois, que le superbe Tokyo Fist (1995), dont on souhaite la sortie, après celle annoncée de son dernier opus, Gemini (1999), fable fantastique gothique inspirée par l’uvre d’Edogawa Rampo. Enfin, dans un genre radicalement opposé, signalons aussi la sortie, courant février, d’un documentaire de Motohashi Seiichi, Le village de Nadia (Nahja no mura), tourné non loin de Tchernobyl, et sur lequel nous reviendrons bientôt. En attendant la prochaine vague de films japonais, jusqu’à ce que la mode s’arrête d’elle même!
Max Tessier


 

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