Objets Veritablement Nippons Interviewes : La conference des Robopets

Il y avait Médor, Youki, Sultan et Lassie, il va falloir maintenant compter avec “Aibo”, le robopet de Sony que tout le monde connaît désormais, croisement réussi entre un fox-terrier, une boîte de conserve en fer blanc et un Tamagochi. Aux dernières nouvelles, Sony réfléchirait actuellement à adapter Aibo au marché français en lui apprenant à faire ses déjections sur le trottoir après avoir vérifié qu’il n’y avait pas de motocrottes dans les parages… Le modèle original du chien “Aibo” vendu au Japon sait déjà marcher à quatre pattes, jouer à la balle, faire le beau et se relever quand il tombe mais les ingénieurs de Sony ne lui ont pas encore appris à machouiller les chaussons, à ramener le journal ni à courir après les chats. Heureusement d’ailleurs, car le robochien n’est pas le seul robopet à avoir été mitonné dans le secret des laboratoires des firmes nippones.
Omron a présenté récemment le fruit de ses cogitations, un robochat surnommé “Tama”. S’il ne marche pas, lui, son aspect extérieur ressemble beaucoup plus à celui d’un chat que le pauvre Aibo, désespérément métallique. Tama, le Robochat est tout en fourrure et doué d’une gamme de sentiments encore plus variée que son ennemi de toujours, le robochien. Non seulement il est capable d’exprimer son humeur du moment (souhaite être pris dans les bras, être cajôlé, est satisfait, triste, inquiet, colérique, jaloux ou peureux) mais en plus de moduler ses réactions en fonction de son environnement. De plus, il sait faire semblant de dormir, s’asseoir, se mettre sur ses quatre pattes, se laver le bout du museau et passer sa patte derrière l’oreille (surtout lorsqu’il va pleuvoir demain – plus besoin de consulter la chaine météo sur le câble…). En tout 14 mouvements et 7 miaulements différents, qui varient en fonction de l’intérêt que lui porte son Maître. Alors qu’Aibo, décidément obtus, ne sait faire que marcher, jouer à la balle, et répondre aux sollicitations quand on le caresse sur le haut de son crâne métallique (vous avez déjà souhaité caresser une boîte en fer blanc vous? Même si on vous disait qu’alors elle remuerait la queue?), Tama réagit lui à quatre capteurs émotionnels situés sur sa tête, son dos, son menton et ses joues. De plus, il entend et répond à l’appel de son nom alors qu’Aibo ne sait reconnaitre que les signaux sonores émis par sa télécommande sans fil. Par contre, Tama n’a pas d’yeux pour voir son entourage mais son comportement et ses réactions sont tellement félines que l’on s’en rend à peine compte. Omron envisage la commercialisation de son chat l’année prochaine et tente de ramener son prix public à moins de 5.000 francs, contre 12.500 francs pour les 3.000 Aibo vendus en 20 minutes sur le site internet de Sony le 4 juin dernier.
Chien – chat, la chaîne ne saurait pas être complète sans un poisson. Il existe aussi: Mitsubishi Heavy Industries a mis au point le roboclacanthe, dont le modèle original n’a été découvert qu’en 1938 au large des Comores. Avec le clacanthe, on retombe dans la préhistoire de l’humanité, avant même que l’homme n’apprenne à tailler des silex. Juste retour des choses donc qu’un des premiers animaux robotisés soit justement cet ancêtre sorti de la nuit des temps. De la même taille que l’original, le roboclacanthe recouvert de silicone ressemble à s’y méprendre à son modèle (où tout au moins à ce qu’on en connaît: par principe, je n’ai jamais voulu mettre un clacanthe dans le même aquarium que mes poissons rouges et donc, je n’ai jamais vu de près un clacanthe. Mais j’ai vu des photos…).
Mitsubishi Heavy Industries s’est attaché à reproduire le plus fidèlement possible la façon de nager des poissons, grâce à des mouvements de nageoire calqués sur les modèles vivants. Le roboclacanthe réagit à la vue (il nage dans la direction que vous lui indiquez) et à l’ouïe (il se dirige vers l’endroit où il a entendu quelqu’un claquer dans ses mains). Après deux heures à batifoler dans son aquarium, lorsqu’il se sent à court d’énergie il revient de lui-même vers son nid aquatique et colle son visage à la prise magnétique pour refaire le plein de ses batteries. Ne comptez pas cependant rajouter un roboclacanthe à votre collection de robopet avant quelques années. Le modèle mis au point par Mitsubishi revient à plusieurs millions de francs, mais est livré avec l’aquarium, deux poissons et tout le matériel nécessaire à leur bon fonctionnement. Pour l’instant, ce sont donc surtout les grands aquariums publics qui sont intéressés par le roboclacanthe, dans le cadre de manifestations spéciales autour de ce poisson rarissime.
A quand désormais un RoboDarwin pour réviser sa théorie de l’évolution des espèces?
Etienne Barral