Le chomage fait trembler les Japonais

A mesure que les mois et les années passent, les chiffres du chômage au Japon suivent une courbe ascendante dont on n’ose pas encore imaginer la limite. Il y a encore un an, la barre des 4 % de chômeurs apparaissait comme le point au-delà duquel le Japon ne serait plus tout à fait le pays du plein emploi qu’il a toujours tenté d’être. Ce seuil aura été atteint et même dépassé au cours de l’année écoulée puisque 4,4 % de la population active étaient effectivement sans emploi, un niveau jamais atteint depuis le début des années 1950. Dans les agences pour l’emploi, Hello Work, les files d’attente ne cessent de croître alors que les offres de postes se réduisent à une peau de chagrin. “Quand j’ai le temps, je me rends moi-même dans les entreprises pour les démarcher, mais rien ne vient”, explique M. Shimoyama, responsable de l’agence de la ville d’Ota dans la préfecture de Saitama. Dans cette ville industrielle où de grandes entreprises comme Fuji Heavy industries, Mitsubishi Electric ou encore Sanyo côtoient un nombre important de PME, la crise a fait de gros dégâts dans les rangs des salariés. Le rapport offre d’emplois/demande d’emplois s’est détérioré au cours des derniers mois, donnant ainsi une vision assez juste de la situation du marché du travail dans l’Archipel. A Ota, le ratio est tombé à 0,42 en août dernier (0,49 pour l’ensemble du pays), un chiffre qui laisse sans voix M. Shitayama. Ce dernier a démarché plus de 400 entreprises pour n’arracher que 113 emplois.
Le gouvernement japonais doit donc affronter une situation difficile que les chiffres officiels ont tendance à sous-estimer. Face aux 4,1 % annoncés pour 1998 par les pouvoirs publics, certains analystes affirment que le chômage touche en réalité entre 8 et 9 % de la population active dans la mesure où nombre de personnes – effectivement sans emploi – ne sont pas comptabilisées dans les statistiques officielles (femmes au foyer trop découragées pour retrouver un travail, étudiants attendant chez leurs parents que la croissance revienne et salariés mis en disponibilité temporaire le temps que leur entreprise reprenne des couleurs). Au-delà de cette bataille de chiffres qui ont certes leur importance, le chômage de masse constitue un véritable choc pour la population japonaise qui a, pendant des dizaines d’années, beaucoup sacrifié au développement de leurs entreprises contre l’assurance d’un emploi. “On nous a réclamé d’être loyaux, mais aujourd’hui il n’y a plus aucune garantie”, explique-t-on au Syndicat des cadres de Tokyo, qui se bat pour les droits des cadres licenciés injustement.
A Iidabashi, quartier de Tokyo où se trouve l’agence pour l’emploi la plus grande de la capitale, les chômeurs se font chaque jour plus nombreux alors qu’il n’y a que 5 % de chances que cet organisme leur permette de retrouver un emploi. Les plus âgés sont bien sûr les plus vulnérables, eux qui ont passé des années au service d’une seule et même entreprise n’entrevoient guère la possibilité de trouver un nouvel employeur puisqu’ils sont plus chers que les jeunes diplômés. Car dans les agences, les demandeurs d’emploi sont répartis par sexe et par âge selon le classement traditionnel qui privilégie l’ancienneté. Toutefois comme le soulignait récemment l’hebdomadaire Shûkan Yomiuri, les jeunes, en particulier les jeunes femmes, ont été les plus nombreux à s’inscrire dans les agences au cours de l’année écoulée.
Confronté à cette dégradation, le gouvernement semble désarmé. L’une de ses solutions est de favoriser la création d’entreprise par des chômeurs. Or dans un pays où les banques sont surendettées – source de 45 % du capital risque -, cette option paraît difficile à réaliser. Les pouvoirs publics ont cependant annoncé, le 5 mars dernier, leur intention de créer d’ici la fin de l’an 2000 quelque 770 000 emplois notamment dans des secteurs en pleine expansion comme les télécommunications, le tourisme ou encore l’amélioration des conditions de vie. S’il est encore difficile d’évaluer l’impact d’un tel projet, il semble aujourd’hui clair que le gouvernement a pris la mesure des conséquences sociales de l’aggravation de la crise économique dans le pays. Une prise de conscience d’autant plus grande que les chiffres ne s’améliorent pas. En janvier, le taux de chômage était officiellement de 4,4 % au Japon et de… 4,3 % aux Etats-Unis. Un renversement de tendance symbolique qui ne manquera pas de frapper les esprits déjà bien ébranlés.

Claude Leblanc


 

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