LES GUIGNOLS DE LA POLITIQUE

En France, depuis des années, les téléspectateurs qui sont aussi des électeurs peuvent se détendre en regardant les émissions humoristiques dans lesquelles les hommes politiques sont tournés en ridicule. Le Bêbête Show et son successeur, les Guignols de l’info, ont tenté de nous montrer avec des marionnettes comment fonctionnaient les rouages de la scène politique hexagonale. Au Japon, point d’émission de ce genre, les marionnettes, ce sont – ou pour les optimistes, c’étaient – les politiciens eux-mêmes, mais là, il n’y a pas de quoi s’amuser. Les marionnettes interviennent directement dans la vie de tous les jours, ce sont elles qui contribuent à la réussite ou à l’échec des grandes orientations. Jacob Schlesinger dans son livre Shadow Shoguns (Les shoguns de l’ombre) témoigne de ce théâtre grandeur réelle face auquel les Japonais ont trop souvent applaudi.
L’une des anecdotes rapportées par l’auteur concerne MIYAZAWA Kiichi, Premier ministre de 1991 à 1993. La nomination de cet homme à la plus haute fonction gouvernementale n’est pas le résultat d’une consulta-tion démocratique au sein du Parti libéral démocrate (PLD), mais de la volonté d’un homme, KANEMA-RU Shin, le faiseur de roi du PLD. La scène se déroule dans un restaurant de Tokyo à la fin d’un repas bien arrosé, KANEMARU lance à MIYAZAWA : “Tu seras le prochain. Chante !” Et MIYAZAWA, Premier ministre de la seconde puissance économique de la planète, de s’exécuter. Rien de plus normal, car c’est bien à KANEMARU que MIYAZAWA doit d’être à sa place. Ce livre est l’histoire du Japon comme machine politique. Contrairement aux idées reçues qui font de la politique japonaise un monde impénétrable, l’auteur démontre que son fonctionnement repose sur des fondements simples où l’ancienneté joue un rôle important. Un des meilleurs livres parus ces dernières années sur la politique au pays du Soleil levant.
Claude Leblanc

Shadow Shoguns
de Jacob M. Schlesinger
Simon & Schuster, New York, 1997, $26

SOSEKI VOYAGEUR

Figure dominante de la littérature japonaise, NATSUME Soseki a aussi été un grand voyageur “malgré lui” à un moment où le Japon s’ouvrait au monde après près de deux siècles de quasi repli sur soi. Dans cet ouvrage qui réunit des textes écrits lors de périples en Europe (1900-1903) et en Extrême-Orient (1909), on découvre la nature des rapports du Japon face au monde. Si en Grande-Bretagne, Soseki a la sensation d’être “un péquenot dont on ne peut que se moquer”, il le doit à ce sentiment d’infériorité que le pays du Soleil levant avait, à cette époque, à l’égard de l’Europe développée. En revanche, les voyages en Corée et en Mand-chourie sous domina-tion nippone révèlent un homme qui ne cache pas son dédain pour les populations locales. A la lecture de ce recueil, c’est finalement l’évolution de la position du Japon dans le monde que l’on vit.
Claude Leblanc

Haltes en Mandchourie
et en Corée
de Natsume Soseki
trad. O. Jamet & E. Suetsugu
La Qunizaine littéraire/Louis Vuitton, 1997, 150FF


 

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