RENCONTRE AVEC YUASA MASAAKI, RÉALISATEUR DE MIND GAME

Yuasa Masaaki est un animateur surdoué qui représente la nouvelle génération de l’animation nippone. Son talent a été vite reconnu grâce à des séries télévisées et des films comme Chibi Maruko-chan et Crayon Shin-Chan. Il a réalisé en 2004 son premier long métrage Mind Game qui a été couronné au Fantasia Film Festival de Montréal et Media Arts Festival de l’Agence de la culture japonaise. Il était en France à l’occasion des “jeudis de l’anim” du Forum des images et du festival de cinéma d’animation du Val d’Oise, Image par image.C’est votre premier séjour en France ?
Oui. J’admire depuis longtemps le travail de Nicolas de Crécy, surtout sa manière d’utiliser les couleurs. De plus, La Planète sauvage de René Laloux est un de mes films de référence.Comment s’est passé la création de votre long métrage, Mind Game ?
Y.M. : Mind Game est une adaptation du manga éponyme de Nishi Robin. Elle est à 70 % fidèle à l’original. Ce manga est rempli d’expressions extraordinaires, et j’ai voulu garder la vivacité, la force et le rythme de cet univers. J’ai alors combiné des images diverses comme le dessin, la 3D ou encore la photographie. J’ai même changé l’arrière-plan en fonction de l’attitude des personnages. Par exemple, lorsqu’ils sont à moitié dans la lune, le décor devient flou. Mais mon but était de réaliser un film qui donne une impression d’unité malgré cette diversité des approches graphiques. Le musicien Yamamoto Seiichi a parfaitement saisi l’ambiance. Son apport musical a beaucoup contribué au film.

À quel public s’adresse Mind Game ?
Y.M. : En général, je ne pense pas à un public particulier au cours d’une création, mais je dirais que ce film est destiné aux spectateurs d’une vingtaine d’années, qui ont déjà connu des expériences décevantes dans la vie. J’ai réfléchi au passé de chaque personnage, ce qui permet de donner une sorte de réalité au film. Celui-ci a quelques messages assez positifs et simples, et je trouve très important de les manifester clairement. Au moins, cela permet de faire face à certaines difficultés.
Vous considéréz-vous comme un animateur ou plutôt comme un metteur en scène ?
Y.M. : J’ai commencé à travailler en tant qu’animateur chez Asiado où j’ai rencontré mon maître Shibayama Tsutomu, le réalisateur de Doraemon. Comme je suis animateur, les images me viennent en premier, mais je me suis rendu compte qu’il fallait aussi des histoires derrière. Maintenant, je me considère comme un animateur capable de faire de la mise en scène. Pour la prochaine série télé qui sera diffusée à partir du mois d’avril, Kaiba, c’est moi qui ai écrit le scénario. Elle raconte l’histoire d’un monde où il existe une machine qui manipule la mémoire. Je mets dans cette série les éléments de mangas anciens comme ceux de Tezuka Osamu, tout en les adaptant au style actuel. Je fais de mon mieux pour en être fier plus tard…

Propos recueillis par Sayaka Atlan Nakagawa


Philippe Negre