Nouvelle offensive des films japonais

Après un petit creux estival , le cinéma japonais revient à la charge sur nos écrans.D’abord en version post-cannoise, avec deux films sélectionnés à Cannes cette année, et qui sortent le même jour, le 17 octobre: Desert Moon (Tsuki no sabaku) D’Aoyama Shinji, et H-STORY, de Suwa Nobuhiro, tous deux produits par l’inévitable Sento Takenori (Suncent cinemaworks). Desert Moon (pourquoi pas: “La lune du désert”, en français? ) était très attendu, après le choc d’Eureka, fresque intimiste et régénératrice, où Aoyama avait superbement maîtrisé une durée inhabituelle (3h37), dans un format inhabituel (Cinémascope, noir et blanc). Son nouveau film, qui ne dure “que” 2h08 (légèrement plus court qu’à Cannes), ne pourra que décevoir les fans d’Eureka, malgré un incontestable intérêt sociologique sur le Japon d’aujourd’hui, et une séduction formelle différente (standard, couleurs), bien qu’il s’agisse du même opérateur, Tamura Masaki. Autour d’un trio improbable, mais réel (Nagai, chef d’entreprise mal dans sa peau, Akira, sa femme en rupture de ban, avec sa fille, et Kiichi, jeune punk gigolo qui ne croit qu’au fric), Aoyama tente de filmer, pour la énième fois, l’éclatement de la cellule familiale nippone, et le retour aux sources de la nature. Pourtant, malgré une situation assez forte, le film, mal construit, déséquilibré dans sa durée, se délite, et devient vite ennuyeux, juste rattrapé par la fin. La lune s’est cachée, le désert est bien là, c’est dommage.
Le cas de H-STORY est tout autre. Déifié par une certaine critique à Cannes dès son second film, (M/OTHER, 1999), N. Suwa n’a eu aucun mal à monter une co-production nippo-française, sur un sujet a priori intéressant; une revisitation improvisée du tournage d’un remake de Hiroshima mon amour, d’Alain Resnais (1959, qui ressort d’ailleurs le 3 octobre), par Suwa soi-même dans sa ville natale, d’où H-STORY (H pour Hiroshima, et pour History?). Le pivot de faux remake en forme de “work in progress” (photographié par le chef-opérateur Caroline Champetier) étant Béatrice Dalle, dont on ne sait si elle joue ou pas, ni surtout si elle s’ennuie autant que les spectateurs piégés par ce non-film. Encensé à Cannes par la critique “branchée”, H-STORY me parait au contraire être le comble de la prétention d’un pseudo cinéma-moderne, où le commentaire narcissique gomme le vrai film à faire. Un coup pour rien.
Beaucoup moins prétentieux, le nouveau film de Sabu (auteur de Unlucky Mon key et de Postman Blues, déjà sorti en France), Monday est une sorte de rêve filmé en forme de comédie légèrement macabre: un lundi matin, le salarié Koichi (Tsutsumi Shinichi) se réveille avec une gueule de bois, et se remémore des scènes mi-réelles, mi-fantasmatiques, allant d’une veillée funèbre assez particulière à un bar et d’autres lieux insolites. Entre demi-cauchemar et demi-réalité, Sabu nous invite à un voyage un peu hybride, plaisant, mais sans jamais atteindre une vraie dimension onirique. Dommage.
Enfin, pour les nippo-cinéphiles “mordus”, rappelons la continuation de la rétrospective Naruse Mikio à la Maison de la Culture du Japon (jusqu’au 20 décembre), en attendant un hommage à Shimizu Hiroshi (du 27 novembre au 8 décembre, grande salle), et une grande rétrospective Imamura à la Cinémathèque Française, à l’occasion de la sortie de son dernier film, De l’eau tiède sous un pont rouge (Akai Hashi no shita no nurui mizu), le 28 novembre.
Autre sortie sur laquelle nous reviendrons, celle de Battle royale, de Fukasaku Kinji (le 21 novembre).
“Il y a du riz sur la planche!”
Soreja, mata,

Max Tessier


Sorties:
• MONDAY, de Sabu, avec Tsutsumi Shinichi, Matsuyuki Yasuko, Ando Masanobu, le 3 octobre.
• DESERT MOON (Tsuki no sabaku), de Aoyama Shinji, avec Toyota Maho, Mikami Hiroshi, et Kashiwabara Shinji.
Le 17 octobre.

• H-STORY, de Suwa Nobuhiro, avec Béatrice Dalle, Umano Hiroaki, Machida Kô. Le 17 octobre.