Journal du Dehors – Made in Japan (7)

Afin de permettre à nos lecteurs de mieux appréhender le Japon du dedans, il nous a semblé intéressant de présenter le travail de longue haleine effectué par Muriel Jolivet intitulé “Journal du Dehors – Made in Japan” (*).
En fait, c’est le “Journal du Dehors” d’Annie Ernaux qui a donné envie à M. Jolivet de raconter des faits divers observés au quotidien à Tokyo. Pour ce journal collectif, l’auteur a mis à contribution ses étudiant(e)s de 4ème année en leur demandant de lui ramener des “instantanés”, glanés dans les métros, les gares et les magasins. “Tout ce qui est noté a été vu, même si l’interprétation qui en est faite est forcément teintée de subjectivité… ces instantanés font partie de l’histoire d’une ville, d’une personne, d’une époque, d’un moment…”
 
Le culte dû à l’alcool

Une heure et demie. Un de ces jours où je suis tellement saturée de travail que j’allume la télé pour me changer les idées, le temps d’avaler ma salade. Je m’arrête sur la chaîne quatre, pour écouter le “courrier télévisé du cœur” du jour. Une femme de quarante-deux ans, mère de deux adolescentes, demande conseil aux “talento” réunis sur le plateau. Elle raconte que cela fait sept ans que son mari la bat sous l’emprise de l’alcool. Tous les soirs, c’est le même scénario : il rentre, boit, devient furieux et frappe. Elle a déjà eu plusieurs fractures. Que faire ? Sans le moindre altruisme, Minomonta lui dit: “Il n’y a que deux solutions ; ou vous endurez pour le salaire de votre mari, ou vous partez avec vos deux filles.” On ne saurait être plus pragmatique. Une talento un peu plus compatissante lui suggère d’empêcher son mari de boire puisque que c’est l’alcool qui le rend violent. Cela semble si simple en effet, comme si l’alcoolisme ne dissimulait pas un problème beaucoup plus grave. Elle ne pense même pas à Alcooliques Anonymes qui semble être la seule porte de secours envisageable, compte tenu de l’ampleur des dégats, mais bien sûr, rien ne dit que le principal intéressé soit décidé à sortir du cycle infernal dans lequel il s’est doucement enlisé.

Brusquement un talento entre deux âges explose. “J’ai avec l’alcool des liens d’amour particuliers. Or ce que vous dites me rend malade parce que votre mari ne sait pas boire. Il boit pour se bourrer, un point c’est tout. Un être de ce genre n’a pas le droit de toucher à l’alcool puisqu’il est incapable d’en apprécier la valeur. Je ne le lui pardonne pas! Il est indigne de toucher à l’alcool!”
Pas un mot sur l’indignité d’un homme qui ose lever la main sur sa femme, sur l’acte impardonnable de taper au point de blesser, de fracturer les os de celle qui a droit sinon à son amour, du moins à son respect. Pas un mot sur le courage de cette femme qui a serré les dents pendant sept ans en pensant à ses filles, au qu’en dira-t-on d’une société qui lui aurait reproché de manquer d’endurance. Pas un mot sur le traumatisme des filles qui intériorisent la violence des hommes et qui risquent de rechercher inconsciemment un compagnon susceptible de reproduire le cycle infernal dans lequel elles ont toujours vécu. Pas un mot de consolation pour encourager cette femme à retrouver sa dignité perdue et à croire en elle, pour lui rappeler les deux mots magiques du psychiatre Saitô Satoru qui maintient envers et contre tout qu’un malheur est souvent là pour vous aider à aller de l’avant, pour vous donner l’énergie de vous en sortir…
On retiendra de ce témoignage poignant que cet homme de quarante-quatre ans qui se défoule sur sa femme respecte le code des bonnes manières puisqu’il s’abstient de la battre devant ses enfants.

Pour combien de temps encore ?

Muriel Jolivet , le 6 juillet 2000

“Take it easy mother !”

Un jour, une amie est passée à côté d’un couple qui se disputait. La jeune femme avait un bébé dans une poussette. Tout à coup, son compagnon s’est enfui. Abandonnant son bébé en plein milieu de la rue, la “jeune maman” a commencé à le courser. Mon amie s’est approchée pour mettre le bébé sur le côté de la route, mais comme il commençait à pleurer, elle l’a pris dans ses bras pour le rassurer en le berçant. Furieuse, la mère est revenue en hurlant :

– “Je vous interdis de toucher à mon bébé !”

– “Comme il était en plein milieu de la rue, j’ai eu peur qu’il ne soit fauché par une voiture…”, a-t-elle fini par bafouiller.

– “Ça m’est égal ! Rendez-moi moi bébé ! Je suis tellement hors de moi, que je ne sais plus ce que je fais ! Ce type là a volé mon argent ! C’est un beau salaud ! Je vais aller prévenir les flics!”

Cette histoire m’a donné la chair de poule…

Kudô Noriko, le 27 octobre 2000

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