Retour sur (Japan) Expo

Ils étaient vingt et cent, ils étaient des milliers. Oui des milliers à avoir arpenté les allées du Parc des expositions de Paris-Nord Villepinte du 3 au 6 juillet. Il y a ceux qui sont venus pour la première fois en quête de manga, de jeux, d’accessoires ou tout simplement de sensations fortes comme Julia, 15 ans, une fan de Nana qui a ainsi découvert l’univers bigarré de Japan Expo. “C’est trop bien”, est-elle seulement capable de dire alors que passent deux jeunes filles vêtues en soubrettes. Pour peu, on pourrait se croire télétransporté dans le quartier d’Akihabara à Tokyo [voir OVNI n°611 du 1er juin 2007] où l’on croise souvent ce genre de personnages. Pour sa première expérience, Julia n’a pas souhaité se déguiser, mais l’année prochaine, elle reviendra et cette fois, “je me lâcherai”, promet-elle. Se lâcher, se laisser aller et exprimer sa passion pour le monde de l’anime et du manga, c’est bien le credo de Jérémy. Lui est un habitué de Japan Expo. C’est la sixième fois qu’il fréquente ce haut lieu de la culture populaire japonaise. Même s’il regrette le côté supermarché que prend ce grand rassemblement, il reconnaît que la notoriété de l’événement favorise désormais la venue d’invités prestigieux sur les différentes scènes et dans les stands des éditeurs. Jérémy a fait plusieurs fois la queue pour obtenir des dédicaces. Il possède plusieurs centaines de manga chez lui. Il connaît la plupart des séries publiées en France et se tient informé des nouveautés japonaises sur Internet. Pour lui, Japan Expo constitue un moment unique dans l’année où il peut rencontrer d’autres fans. “J’habite dans une petite ville en province. C’est pas facile de se rencontrer et de discuter. Internet, c’est pratique, mais il n’y a rien de mieux que de se voir”, avoue-t-il, en ajustant le haut de son costume. Ses compagnons l’appellent. Il se retourne et va les rejoindre en poussant un hurlement qui, dans d’autres circonstances, aurait fait sursauter les passants autour de lui. Bénédicte et Gérard sont de ceux-là. Ils appartiennent à cette catégorie de personnes qui se demandent encore comment ils ont pu aterrir là. “Sur l’affiche, on avait vu les mots Japon et tradition”, déclarent-ils. “On a cru qu’on pourrait trouver des informations et des documents sur le Japon traditionnel, car nous partons quinze jours dans ce pays au mois de septembre”. Mais au milieu du brouhaha, d’une population plutôt jeune, ce couple âgé d’une cinquantaine d’années fait figure d’OVNI. “Je n’aurais jamais imaginé voir ça”, lance Gérard, en regardant passer une jeune fille “tenue en laisse” par une autre. Il sourit. “J’espère que le Japon ne ressemble pas qu’à ça”, ajoute sa compagne. On serait tenté de lui répondre que non. Mais déjà, ils se dirigent vers la sortie, un peu déçus. Ils sont peu nombreux dans ce cas. Tous ceux que l’on croise au moment de partir ont l’air heureux. Ils repartent les bras chargés, la tête pleine d’images et de sons comme ils les aiment. Et à observer leurs visages, on sait déjà qu’ils seront vingt et cent, qu’ils seront des milliers pour la dixième édition de Japan Expo en 2009.
Claude Leblanc
    

Au milieu de la foule des visiteurs, les amateurs de déguisements ont pu assouvir leur passion pour les costumes.

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Patricia LyfoungSi Japan Expo est le rendez-vous incontournable pour les amateurs d’anime et de manga, c’est aussi un lieu où l’on peut rencontrer une nouvelle génération d’auteurs qui ont su adapter leur goût pour le manga aux exigences de la bande dessinée franco-belge. Patricia Lyfoung et Patrick Sobral en font partie. La Rose écarlate et Les Légendaires, leur série respective éditée chez Delcourt, sont le fruit d’un mélange subtil de technique mangaesque et de tradition bédésienne. Ce cocktail semble être apprécié puisque les lecteurs sont de plus en plus nombreux à suivre les aventures de leurs personnages. L’un comme l’autre revendique leur passé de dévoreur de manga ou de dessin animé. Patricia Lyfoung reconnaît que Lady Oscar (Berusaiyu no bara), anime adapté du manga d’Ikeda Riyoko, a été une source d’inspiration, pourtant elle n’a jamais voulu publier de manga. “Je ne me voyais pas réaliser 200 pages en noir et blanc par an. Voilà pourquoi j’ai choisi le format classique de 48 pages qui sied bien à la bande dessinée. Et puis, même si j’adore le manga, il n’est pas en couleurs. J’ai donc tenté d’apporter au niveau des codes graphiques ce qui me plaisait dans le manga, mais en l’adaptant au format européen et en y ajoutant la couleur”, explique la dessinatrice qui se sent appartenir aux deux univers graphiques et qui le vit très bien.
Patrick SobralPatrick Sobral, lui aussi, était un fan d’anime avant de se lancer dans le dessin. “A 90 %, mon graphisme, mon style visuel vient des Chevaliers du zodiaque (Saint Seiya). Le design notamment d’Araki Shingo constitue mon modèle. On le sent très bien dans mes BD. Les attitudes, les armures et parfois certains personnages qui sont des clones trouvent leur inspiration dans Saint Seiya. J’irais même jusqu’à dire que l’esprit même de la série s’en inspire”, affirme l’auteur des Légendaires dont le huitième volume est paru fin 2007. Mais pour autant, il ne se considère pas comme un mangaka. Il se présente comme un auteur de livre pour la jeunesse qui assume sa passion pour la bande dessinée made in Japan. A l’instar de Patricia Lyfoung qui a publié le quatrième volume de La Rose écarlate au printemps 2008, il a su adapter son style au format européen même si, reconnaît-il, “j’ai dû prendre beaucoup sur moi, lors de la réalisation du premier tome, pour me faire à la narration franco-belge”. Aujourd’hui, les deux auteurs ont le sourire. Chacun à leur manière, ils sont parvenus à créer un monde graphique original dans lequel on se laisse volontiers entrainer qu’on est 7 ou 77 ans.    C. L.