CHUTE LIBRE POUR LE YEN

Depuis décembre, le yen a perdu 10% par rapport au dollar. C’est le plus bas taux de change du yen depuis trois ans face au billet vert. Le mercredi 9 janvier, il fallait 133,7 yens pour 1 dollar. Le 10, le ministre des Finances, SHIOKAWA Masujuro déclarait que le yen se dépréciait trop rapidement. Pourtant ce phénomène a plutôt été souhaité récemment par les autorités nippones car une dépréciation devait enrayer les pressions déflationnistes.
Selon les économistes qui se sont penchés sur la théorie, l’analyse macroéconomique de cette chute n’a pas les effets qu’on lui prête. Il faudrait que le dollar soit à 200 yens pour gagner 1% en terme de croissance sachant que 10% de dépréciation entraînent 1% de hausse des exportations, et que, de toute façon, les exportations japonaises ne représentent que 10 à 15% du PIB!
Il en ressort que cette chute de la valeur du yen n’est pas une solution aux difficultés de l’économie japonaise, mais une simple bulle d’air.
Cependant, tous ses voisins ne l’entendent pas de la même oreille, en particulier la Chine dont la monnaie, le yuan, est liée au dollar. La parité est de 8,3 yuans pour 1 dollar depuis 1994 et elle a résisté à la crise asiatique de 97-98. La peur de l’effet dominos (spirale de dévaluation) fait réagir les pays voisins comme la Corée du Sud. Par contre l’apparente indifférence du secrétaire américain au Trésor Paul O’Neill face à ce phénomène a conduit à une vente encore plus massive de la devise. Il demande simplement au Japon de ne pas utiliser l’arme de la dépréciation pour stimuler la croissance car les modification des taux de change est un acte protectionniste qui de surcroît ne règlera pas le problème des mauvaises créances. Des réformes structurelles sont attendues. Pour le moment on tente de rassurer les voisins tout en laissant filer le cours vers les 140 yens pour 1 dollar. En attendant…


Philippe Pons, “Le gouvernement japonais tente de contrôler la lente mais inéluctable dépréciation du yen”, Le Monde, 15/01/02.
Jean-Pierre Robin, “Le yen sous la haute surveillance de Pékin”, Le Figaro économie, 18/01/02.
KOIZUMI N’A PLUS LA COTE…
Suite à une querelle qui avait opposé TANAKA Makiko (ministre des Affaires Étrangères) et NOGAMI Yoshiji (vice-ministre des A-E, qui aurait interdit l’entrée à la conférence de Tokyo sur la reconstruction de l’Afghanistan à deux ONG sans en avertir la ministre), le premier ministre KOIZUMI Junichiro les a tous deux remerciés.
Ce double limogeage a fait grand bruit. Triple, à vrai dire car l’histoire implique un député libéral-démocrate, M. SUZUKI Muneo qui aurait donné l’ordre au Gaimusho (Quai d’Orsay japonais) d’agir ainsi contre les ONG. Accusé de cela par TANAKA, traitée de «menteuse» en retour, l’affaire tourne mal et les travaux de la commission du budget de la Diète qui doit se prononcer sur la loi de finances en sont perturbés. KOIZUMI tranche.
Mme TANAKA manquait d’expérience en matière de diplomatie mais elle jouissait surtout d’une grande popularité parce qu’elle avait un fort tempérament et ne mâchait pas ses mots face aux bureaucrates. Ce serait la première faute politique pour KOIZUMI depuis son accession au pouvoir en avril 2001. De 77%, sa popularité est passée à 49%. Même s’il a demandé à M.SUZUKI de démissionner, KOIZUMI a plié devant les lobbies politico-bureaucratiques et les Japonais lui en veulent pour cela.

Philippe Pons, “Au Japon, Junichiro Koizumi a limogé sa ministre des affaires étrangères”,
Le Monde, 31/01/02.
Philippe Pons, “Sadako Ogata refuse la direction de la diplomatie japonaise”, Le Monde, 02/02/02.
Arnaud Rodier, “Une cote en chute libre”,
Le Figaro, 05/02/02.

LE NUCLEAIRE A ROKKASHO
La petite soeur de La Hague naîtra en 2005, non sans difficulté. L’usine de retraitement des déchets nucléaires sur l’archipel sera située sur le site de Rokkasho, au nord de Honshu (péninsule de Shimokita). Le transfert de technologie et les plans avaient été vendus au Japon dans les années 80 et 30 ingénieurs français de la Cogema sont aujourd’hui sur le chantier. Le souvenir de Tokaimura en septembre 1999 (fuite dans une usine de retraitement près de Tokyo, 1 mort et 69 irradiés) a engendré un lobby très actif face aux discours sur les vertus du nucléaire pour un Japon dénué de ressources énergétiques. Les écologistes de Greenpeace dénoncent le coût d’une telle usine, soulignent le fait qu’en 2010 Rokkasho ne pourra traiter que 80% des déchets du Japon et sont radicalement contre l’utilisation du très controversé Mox (combustible recyclé, mélange de plutonium et d’uranium). Pot de terre contre pot de fer…

Richard Werly, “Au Japon, le clone de La Hague fait des vagues”, Libération, 25/01/02.
Jennifer Pocart